Je me souviens très précisément du moment où j'ai su que je voulais devenir ostéopathe. J'avais une dizaine d'années lorsqu'un vétérinaire est venu examiner un cheval dans mon club d'équitation. En le regardant travailler, une évidence s'est imposée : c'était ce métier que je voulais exercer.
Je ne crois pas aux recettes.
Je ne crois pas non plus qu'une technique puisse convenir à tous les patients.
Chaque consultation commence de la même façon : écouter. Comprendre ce qui vous amène, votre histoire, votre quotidien, vos interrogations. L'anamnèse est déjà une enquête. Elle guide le raisonnement autant que le geste.
Puis vient le temps de l'examen. Ce que le corps exprime sous les mains confirme parfois ce qui a été raconté… ou invite au contraire à explorer une autre piste. C'est ce dialogue entre vos ressentis et mes observations qui oriente la prise en charge.
Je ne m'attache pas à une méthode particulière. Comme un artisan choisit l'outil adapté à son ouvrage, je choisis les techniques qui me semblent les plus pertinentes pour la personne que j'ai en face de moi. L'important n'est pas la technique utilisée, mais ce qu'elle permet au corps de retrouver.
Les progrès de la médecine sont considérables, notamment en chirurgie, en imagerie ou dans la recherche. En revanche, l'organisation très spécialisée des soins peut parfois conduire à considérer un symptôme de manière isolée. J'apprécie, pour ma part, de conserver une vision d'ensemble de la personne et de travailler en complémentarité avec les autres professionnels lorsque cela est nécessaire.
Au fil des années, et notamment grâce à mon activité au Centre de la Douleur Chronique de la Clinique Pasteur, j'ai appris qu'il était rarement pertinent d'opposer le corps et l'esprit. Une douleur est toujours vécue par une personne dans son histoire, son contexte, ses émotions et son quotidien. Les prendre en compte ne revient pas à nier la réalité physique d'une douleur ; c'est reconnaître toute sa complexité.
Mon activité au Centre de la Douleur Chronique m'a appris qu'il n'existe pas toujours de solution simple à des douleurs complexes. C'est une école d'humilité. On y mesure chaque jour que le soin ne consiste pas uniquement à chercher à faire disparaître une douleur, mais aussi à comprendre ce qu'elle raconte, ce qui l'entretient et comment accompagner au mieux la personne qui la vit.
Lorsque la douleur s'installe depuis longtemps, elle finit parfois par modifier bien davantage que le corps : elle influence les habitudes, les mouvements, les relations, les émotions et la manière de se percevoir. Cette complexité demande du temps, de la patience et un accompagnement adapté à chaque situation.
À l'époque, devenir ostéopathe animalier impliquait d'abord de se former à l'ostéopathie humaine. C'est ce parcours que j'ai choisi, avant de poursuivre plusieurs années de formation en ostéopathie animale.
Aujourd'hui, mon activité professionnelle s'exerce principalement auprès des patients que j'accueille au cabinet d'Eaunes et au Centre de la Douleur Chronique de la Clinique Pasteur. Cette formation continue aujourd'hui d'influencer ma pratique, en enrichissant mon regard, mon toucher et mon raisonnement clinique.
Les animaux ne décrivent ni leurs douleurs, ni leurs sensations. Ils obligent à observer autrement, à développer le toucher, à accepter le doute et à construire un raisonnement à partir de signes parfois très discrets. Avec eux, j'ai appris que l'on ne cherche pas à confirmer une idée préconçue, mais à comprendre ce que le corps exprime.
Finalement, je n'ai jamais vraiment opposé l'humain et l'animal. L'un parle, l'autre non. Tous deux demandent la même qualité d'attention, la même curiosité et la même humilité face à la complexité du vivant.
La question la plus honnête qu'on puisse me poser est aussi celle à laquelle je ne peux jamais répondre à l'avance : est-ce que l'ostéopathie peut vous aider ?
Je ne le sais pas encore. Et personne ne peut le savoir avec certitude avant de vous avoir rencontré.
Une consultation permet d'évaluer votre situation, de construire un raisonnement clinique et de déterminer si l'ostéopathie a une place dans votre prise en charge. Parfois la réponse est oui. Parfois non — et dans ce cas, mon rôle est aussi de vous orienter vers le professionnel le plus adapté.
Mon rôle n'est pas de « réparer » un organisme. Il est de l'accompagner, de lever certains obstacles lorsqu'ils existent, et de lui permettre de retrouver ses capacités d'adaptation. La suite lui appartient.
Après plus de dix années d'exercice, une conviction demeure : il existe rarement des réponses simples à des situations complexes. C'est sans doute ce qui rend ce métier si passionnant. Continuer à apprendre, remettre en question ses certitudes et rester à l'écoute de chaque patient font, à mes yeux, partie intégrante de la pratique de l'ostéopathie.
Parce que continuer à se former fait partie du métier.